Jean-Baptiste ISABEY (Nancy, 1767 - Paris, 1855)

Portrait de profil d’un ami de l’artiste

22,5 x 16,2 cm
Circa 1790. Pierre noire et crayon noir. Au verso, annotation N3 au crayon

Fils d’un épicier de Nancy, Jean-Baptiste Isabey fut confié par son père à Jean Girardet, peintre d’histoire et portraitiste du roi Stanislas. Dans les documents, Girardet est parfois qualifié de miniaturiste, mais aucune œuvre en petit ne lui est connue. Toutefois, plusieurs de ses élèves devinrent des miniaturistes remarquables, comme François Dumont, Jean-Antoine Laurent ou Jean-Baptiste Augustin. L’atelier de Girardet apparaît ainsi à l’origine d’une véritable école lorraine de la miniature.
À la mort de Girardet, Isabey continua sa formation chez le paysagiste Jean-Baptiste Claudot, avant de rejoindre Paris en 1785. Alors qu’à Nancy, il peignait des paravents, des devants de cheminée et des bannières de procession, dans la capitale, il se consacra entièrement à la miniature, puis au portrait en petit. Rapidement, il parvint à se constituer une clientèle parmi la bourgeoisie parisienne, puis à la cour de Versailles. Le jeune artiste intégra cependant l’atelier de David en 1786 : il se réclamait encore de son maître dans les livrets des Salons de 1798 à 1810, alors que lui-même était déjà très célèbre.

Les bouleversements révolutionnaires avaient amené au peintre des modèles en nombre, séduits par la rapidité d’exécution et la pureté de son trait. Dès 1790, il fut engagé dans le projet d’édition d’un recueil de portraits des députés pour l’éditeur Dejabin, avec les peintres Luc Barbier-Walbonne, Antoine-Jean Gros et François-Henry Mulard, tous élèves de David. Isabey réalisa en tout une trentaine de portraits de profil en médaillon. Dans ses dessins préparatoires au crayon, dont certains sont conservés à la Bibliothèque nationale de France, l’artiste met l’accent sur le contour net du profil qui se découpe sur fond hachuré. Les costumes, simplifiés, sont modelés en un jeu serré de traits fins et de points et la chevelure traitée avec soin.
Saisis sur le vif lors de séances de pose improvisées au sortir de l’Assemblée, ces dessins, quoique techniquement remarquables, paraissent distants et descriptifs, ne cherchant qu’à rendre parfaitement les physionomies des acteurs du grand jeu politique révolutionnaire. Il en est tout autrement dans les portraits de ses amis et de ses proches qu’Isabey avait réalisé à la même époque, dont deux dessins qui présentent des similitudes frappantes avec notre œuvre : son Autoportrait daté de 1787 et celui de Bernard Sarrette, futur fondateur du Conservatoire de Paris et ami du peintre .

Les trois dessins, prévus pour un encadrement en ovale, représentent des jeunes hommes vêtus avec élégance et sobriété de l’extrême fin des années 1780 : redingote, tricorne, cravate blanche nouée haut, perruque poudrée avec longue tresse entourée d’un ruban noir. Dans la tradition graphique lorraine illustrée par Jean-Joseph Bernard qui dessinait les profils de ses modèles à la plume dans une calligraphie virevoltante et virtuose, Isabey se concentre sur le contour du visage, tracé d’une seule ligne fine et ininterrompue avec une précision extraordinaire. Un léger sourire semble effleurer les lèvres et le regard, intense et ouvert, fixe avec attention quelque objet hors du cadre.

Par contraste, le vêtement est rendu avec une grande liberté. Le crayon devient onctueux, énergique. Il danse d’un bouton à l’autre, repasse dans les ombres, ralentit pour préciser l’ornement du tricorne, les boucles de la chevelure ou le liseré du col, puis accélère dans des hachures larges et croisées qui constituent le fond du portrait. Dans notre dessin, la main paraît plus sûre et déliée que dans l’Autoportrait du Louvre qui pourrait être une réplique autographe d’une œuvre non localisée. En revanche, le portrait de Sarrette s’avère si proche que l’on peut logiquement supposer une réalisation concomitante avec notre profil. Il s’agit ici sans aucun doute d’un ami proche d’Isabey, peut-être d’un élève de David, mais en tout cas d’un jeune homme vivant intensément les transformations de la Révolution et désirant faire partie du renouveau artistique.

A.Z.

Nous remercions M. le Professeur François Pupil d’avoir confirmé l’authenticité de notre œuvre.

Bibliographie générale (œuvre inédite)
François PUPIL, Jean-Baptiste Isabey (1767-1855), portraitiste de l’Europe, cat. exp., Château de Malmaison, Nancy, musée des Beaux-Arts, 2005.
Eva de BASILY-CALLIMAKI, J.-B. Isabey, sa vie – son temps, 1767-1855, suivi du catalogue de l’œuvre gravée par et d’après Isabey, paris, Frazier-Soye, 1909.

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