Charles PARROCEL (Paris, 1688 - 1752)

Un Fusilier de l’armée française vu de dos

45 x 40 cm
Circa 1744-1745. Sanguine et rehauts de craie blanche sur papier beige. Pliure horizontale.

Provenance
· Vente Paris, Drouot, Me Tilorier, 23-25 janvier 1980, lot 269, repr.
· Collection Jacques Malatier (1926-2017), Paris.
· Sa vente, Paris, Drouot, Ader, 10 octobre 2018, lot 23.

Actif depuis le XVIe siècle et jusqu’au XVIIIe, les Parrocel furent l’une des plus longues généalogies d’artistes français, œuvrant à Paris, mais également à Montbrison, berceau de la famille, à Avignon, à Rome, à Vienne ou à Venise. C’est dans la Sérénissime que Joseph Parrocel avait forgé un style libre et vigoureux, reconnaissable entre tous, qui s’épanouit dans ses peintures de bataille et de chasse. Son esthétique trouva un prolongement logique et néanmoins original dans le travail de son fils Charles. Bien qu’il ne pût bénéficier longtemps des conseils de son père, disparu alors qu’il n’avait que seize ans, Charles profita du langage des œuvres elles-mêmes. Son inventaire après décès révèle qu’il possédait plusieurs toiles de Joseph, ainsi qu’un certain nombre de recueils de dessins, dont un de trois-cent-quarante-sept feuilles.

Le jeune artiste paracheva sa formation auprès de Charles de La Fosse et de Bon de Boullogne. D’après Antoine-Joseph Dezallier d’Argenville, il aurait également servi dans la cavalerie afin d’acquérir une meilleure connaissance des « détails militaires qu’il se destinoit à représenter ». En 1712, Parrocel se rendit en Italie où il passa plusieurs années. Reçu à l’Académie en 1721 sur présentation d’un Combat de cavalerie et d’infanterie, il acquit rapidement, à la suite de son père Joseph, une grande réputation comme peintre de batailles et de vie militaire, unanimement reconnu par la critique de son temps pour le feu de son imagination, la puissance de son coloris et la facilité de son pinceau. Son corpus peint identifié reste cependant relativement réduit, se composant essentiellement des grandes commandes royales dont Méhemet Effendi, ambassadeur turc, arrivant aux Tuileries, le 21 mars 1721, présenté au concours organisé par le duc d’Antin en 1727, La Chasse à l’éléphant et La Chasse au taureau pour Les Chasses exotiques de Louis XV dans la grande galerie de Versailles, et surtout la série illustrant les épisodes de la campagne des Flandres de 1744-1745.

L’œuvre connu de Charles Parrocel comprend en revanche plus de deux cent cinquante dessins de techniques diverses, une disparité notée, au XVIIIe siècle déjà, par Pierre-Jean Mariette : « on peut compter ses tableaux, tant ils sont en petit nombre ; il a fait une plus grande quantité de desseins [...] et dans ce nombre on en voit qui sont de toute beauté ». Cette constatation est reprise par un biographe anonyme contemporain, qui indique que l’artiste « a laissé un nombre considérable de dessins qui se sont répandus tant dans le royaume que dans les pays étrangers où il est très recherché ». Parmi les admirateurs de son talent, on trouve tous les grands collectionneurs de dessins de l’époque, comme Dezallier d’Argenville, Jean de Julienne, le comte Carl Gustav de Tessin ou Antoine de La Roque, directeur du Mercure de France.

Comme pour beaucoup de ses confrères, le dessin constituait pour Parrocel un mode d’expression autonome et certaines feuilles n’avaient aucune destination particulière. D’autres cependant étaient destinées à la gravure ou préparaient des peintures, à l’instar des figures isolées tracées à la pierre noire ou à la sanguine pour l’Ambassadeur turc arrivant aux Tuileries comme un Personnage en costume oriental vu de dos.

Notre dessin semble, de prime abord, appartenir à ce même groupe d’études, parfois prises sur le vif. Il s’agit d’un fantassin armé de son fusil, vu jusqu’à la taille et de dos, s’avançant dans un mouvement souple et très naturel. Son uniforme dépourvu d’ornements et l’absence d’une perruque trahissent sa condition de simple soldat. On imaginerait facilement cette figure dans l’une des scènes de bataille de Charles Parrocel, dans le feu de l’action, marchant avec son régiment d’infanterie contre un ennemi en nombre. De tels personnages vus de dos sont une constante dans l’œuvre de l’artiste, car ils permettaient d’accentuer la profondeur de l’espace en dirigeant les mouvements vers le lointain, plutôt que de masser les protagonistes au premier plan.
Toutefois, le rendu précis, le trait maîtrisé, les rehauts de blanc judicieusement disposés, la composition équilibrée et tout particulièrement le grand format de notre feuille font croire à un dessin achevé plutôt qu’à un croquis préliminaire ou une étude de figure, généralement plus petits. On peut rapprocher notre sanguine d’un Soldat assis tenant un verre réalisé aux trois crayons sur un papier de dimensions sensiblement semblables (40 x 26 cm, collection particulière).

Ici, le cadrage à la taille et le réseau serré de hachures du fond participent à isoler le personnage, lui conférant une monumentalité impensable dans une composition plus vaste à multiples figures. En même temps, la véracité de son mouvement rapide qui fait ébouriffer les cheveux sur les tempes fait croire à une observation prise sur le vif, probablement lorsque l’artiste accompagnait les troupes du roi dans les Flandres. Ceci permet de dater notre dessin des années 1744-1745.
A.Z.

Bibliographie générale (œuvre inédite)
Emmanuelle BRUGEROLLES (dir.), Une Dynastie de peintres, les Parrocel, cat. exp. Paris, École nationale supérieure des Beaux-Arts, « Carnets d’études 9 », 2007.

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