Gérard HOET (Zalt-Bommel, 1648 – La Haye, 1733)

La Fête de Pomone

45 x 52 cm
Circa 1720. Huile sur toile. Signé en bas sur la marche G HOET

Provenance
· Collection Jean Dubois, orfèvre joaillier, Paris.
· Sa vente, Paris, Hôtel de Bullion, 20 décembre 1785, lot 56 avec son pendant La Fête de Flore.
· Acquis par Holff avec son pendant pour 2 200 livres.
· Collection Armand de Lau, marquis d’Allemans (1739-1820), Paris.
· Collection Gilbert Paignon-Dijonval (1708-1792), secrétaire du roi, Paris.
· Par héritage, son petit-fils, Charles-Gilbert Morel de Vindé (1759-1842), Paris.
· Vente Paignon Dijonval et Morel Vindé, Paris, Hôtel de Morel Vindé, 17 décembre 1821, me Bonnefonds de La Vialle commissaire-priseur, lot 37 (avec son pendant, vendus 305 fr).
· Vente Hauptmann, Paris, Hôtel Drouot, 22 mars 1897, me Chevallier commissaire-priseur, lot 32.
· France, collection particulière.
· Galerie Xavier Goyet, Marseille, en 1985.
· Acquis à la galerie par le dernier propriétaire, France.

Une imposante loggia à arcades, abondamment recouverte de bas-reliefs dont les sujets mythologiques sont difficiles à interpréter, s’ouvre sur un forum antique et le ciel bleu. À gauche, dans la pénombre, une niche abrite une grande statue dorée de Pomone, divinité agraire protectrice des jardins, reconnaissable à sa corne d’abondance garnie de fruits. L’entrée du sanctuaire forme une sorte d’estrade à escalier central et rampe ouvragée qui reprend l’ornement des frises d’acanthe mais tient davantage du style de Louis XIV que de l’antiquité. Dans ce décor d’une théâtralité évidente, accentuée par les grands drapés dorés qui descendent du plafond tels des fonds de scène ou rideaux, des femmes et des enfants s’activent dans une joyeuse cacophonie. Certaines portent des paniers de fruits et seulement une pomme, d’autres préparent des couronnes et des guirlandes de fleurs pour orner la statue de la déesse. Celle-ci apparaît en chair, incognito, au centre de la scène assise en bas des marches. La poitrine dénudée et l’air songeur, elle semble écouter une vieille femme qui se tient derrière elle : tout spectateur connaissant les Métamorphoses d’Ovide y reconnaît immédiatement Vertumne déguisé.

Cette gracieuse composition fut réalisée par Gérard Hoet comme pendant de La fête de Flore, autre déesse protectrice des fleurs fréquemment associée à Pomone (ill. 1). On y retrouve les mêmes architectures et les mêmes personnages affairés à vénérer une statue dorée. Conservés ensemble chez Jean Dubois, puis chez le marquis d’Allemans, ils entrèrent dès avant la Révolution dans la célèbre collection de Gabriel Paignon-Dijonval. Héritée et complétée par son petit-fils, Charles Gilbert Morel de Vindé, elle fut dispersée en 1821. Vendus ensemble sous le même lot, les pendants de Hoet furent séparés peu après : dans une vente anonyme de 1892, la Fête de Flore figura seule. La toile revint sur le marché d’abord à Bayeux en 1989, puis à Paris en 2014.

Fils et élève du peintre verrier Moses Hoet, Gérard Hoet poursuivit sa formation chez Warner van Rijsen, un imitateur de Cornelis van Poelenburgh dont l’influence se ressent fortement dans l’œuvre de Hoet. C’est d’ailleurs dans la ville natale de ce grand paysagiste que le jeune artiste finit par se fixer en 1674, après des séjours à La Haye, à Amsterdam et à Paris. En 1696, il fonda à Utrecht une académie de dessin. Vingt ans plus tard, il revint à La Haye, où il demeura jusqu’à sa mort.

Hoet peignait essentiellement des scènes tirées de l’histoire ancienne, de la Bible ou de la mythologie dans un style dérivé à la fois de Poelenburgh et de Lairesse. Il affectionnait tout particulièrement les formats de cabinet et les compositions animées de nombreux personnages élancés évoluant dans des paysages arcadiens et italianisants. Comme dans notre toile, les protagonistes des tableaux de Hoet sont en général disposés au premier plan, devant un décor architectural imaginaire, nourri de réminiscences classiques d’une grande richesse, avec systématiquement une échappée vers un paysage ou une autre architecture. Ses compositions sont scénographiées comme des ballets, chaque personnage obéissant à une narration propre, volontiers indépendante du sujet principal. Ainsi, dans notre Fête de Pomone, la vénération de la déesse n’est que prétexte à une multitude de petites scénettes : une mère retenant son enfant monté sur la rampe, une femme tendant une couronne de fleurs à une autre, ou encore une jeune femme impérieuse vêtue de blanc et de carmin qui descend les marches. Ici, ce spectacle est traité dans une harmonie de teintes brunes et dorées, réhaussées de bleus métalliques, de rouges et de blancs qui mettent en valeur la gestuelle raffinée et gracieuse des femmes légèrement vêtues et insouciantes.

Il est difficile d’établir une chronologie dans l’œuvre de Hoet, car il semble avoir rarement daté ses œuvres. Au vu de la parenté stylistique avec ses tableaux datables de la période hayaise de l’artiste, et notamment Ulysse reconnaissant Achilles parmi les filles de Lycomède conservé à la Staatsgalerie de Bayreuth (inv. 1104, huile sur toile, 57,3 x 74,5 cm), il nous semble judicieux de situer la réalisation de notre peinture autour de 1720.
A.Z.

Bibliographie de l’œuvre
Charles BLANC, Le trésor de la curiosité tiré des catalogues de ventes, Paris, 1858, p. 244.
Adolphe SIRET, Dictionnaire historique des peintres de toutes les écoles, Paris-Bruxelles, 1866, p. 433.

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