Kornél Maria SPÁNYIK (Bratislava, 1858 - Budapest, 1943)

Les Deux beautés

200 x 121 cm
1897. Huile, feuille d’or et d’argent sur toile. Signé, daté et situé en haut à droite Spanyik Cornel M. Bpest 1897.

Provenance
· Allemagne, collection particulière.
· Vienne, vente Kinsky, 9 décembre 2009, lot 3.
· Collection particulière européenne.

Œuvres en rapport
Version autographe postérieure : Le printemps, huile sur toile, 125 x 96 cm. Collection particulière.

Fils d’avocat, Kornel Spànyik étudia la peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Budapest, dans la classe de Christian Griepenkerl. C’est durant sa formation académique qu’il rencontra Guyla Benczúr, directeur de l’école nationale de peinture, dont il rejoignit l’atelier en 1883. Il acheva ses études auprès de Sándor Liezen-Mayer, portraitiste impérial à Munich.

À son retour en Hongrie, en 1886, il fut associé à la décoration du Théâtre national Slovaque et de l’Hôtel de Ville de Pressburg (actuelle Bratislava), ville cosmopolite en plein renouveau et forte de son Union artistique créée l’année précédente sur l’idée du prince Nicolas Esterhazy et placée sous le haut patronage de l’archiduc Frédéric d’Autriche. Spanyik présenta plusieurs toiles aux expositions de l’Union de 1887, 1888 et 1889. Partageant sa vie entre Pressburg et Budapest, il était en effet devenu l’un des membres les plus influents de l’Union jusqu’à en être élu vice-président au début du XXe siècle. Aléatoires depuis la mort d’Esterhazy, les expositions reprirent sous la direction de Spányik qui établit une règle selon laquelle deux tiers des œuvres présentées viendraient dorénavant des expositions de Pest et un tiers serait produit par les membres de l’Union artistique de Pressburg. Lui-même exposait régulièrement à Pest depuis 1888, mais aussi à Vienne, à Munich (il reçut la médaille d’or pour sa Lune de miel) et à Paris et obtint la médaille de bronze à l’exposition universelle de 1900.

Après la Première guerre mondiale et la création de la Tchécoslovaquie, Spányik s’installa à Budapest. Sa première exposition personnelle fut organisée en 1929 à la galerie Mucsarnok de Budapest.

Grâce à sa renommée de portraitiste, ainsi que les liens de sa famille avec la cour impériale (son frère était l’aide-de-camp de l’empereur François-Joseph), il reçut de nombreuses commandes officielles. C’est ainsi qu’il réalisa plusieurs portraits de l’empereur, dont deux en 1904. Outre les portraits, Spànyik peignait des tableaux historiques, religieux et des œuvres d’« exposition » de dimensions importantes et aux titres poétiques, que ce soit des scènes d’intérieur ou des sujets allégoriques d’inspiration symboliste.

Notre tableau fait partie de ces œuvres destinées aux salons et développe le thème d’une jeune femme humant une fleur ou portant un bouquet qui apparaît dans l’œuvre de l’artiste quelques années auparavant. Aussi, la Jeune fille au bouquet de lilas de 1894 (125 x 80,5 cm, collection particulière) présente une jeune femme vêtue à la mode de l’époque qui fixe le spectateur d’un regard serein. Elle est représentée devant une draperie sombre aux plis profonds. Ici, les habits sont antiquisants et la tapisserie qui sert de fond ondule si peu qu’elle tend vers l’abstraction.

L’ensemble rend l’effet d’un miroir inversé où les contraires gouvernent aussi bien l’arrière-plan que les modèles. Divisée en deux sur la hauteur et en trois sur la largeur, la tapisserie argent et or donne la trame de la composition et organise l’espace. La partie haute est semée de fleurs de lys héraldiques, tandis que la partie basse est ornée de plantes de lys stylisées dont les tiges se croisent dans un jeu d’entrelacs. Deux jeunes femmes, l’une brune avec un lys blanc et l’autre blonde portant des lys jaunes, se tiennent côte à côte. La brune, aux cheveux réunis en chignon et retenus par un bandeau, vêtue d’une robe blanche ornée de motifs géométriques, est vue de profil. Ses yeux sont fermés et la blancheur de ses fleurs ressort sur le fond doré de la tapisserie. Un bouquet de lys blancs est posé à ses pieds. Respirant le parfum enivrant du lys, elle semble s’isoler du monde.

La blonde a les cheveux épars et le sein gauche dénudé. Un léger sourire aux lèvres, elle est représentée de face et regarde le spectateur. Sa pose est relâchée, rompant le caractère linéaire de la composition. Elle s’appuie nonchalamment sur l’épaule de sa voisine et glisse sa main sous la sienne. Sa tunique vert clair est semée d’étoiles et d’ailes d’or. Ses lys jaunes laissent tomber quelques pétales sur le sol en mosaïque.

C’est une atmosphère de pureté et de douceur qui se dégage du tableau, rythmée par les tonalités fraîches de jaune, de blanc et de vert. L’unité thématique est définie par l’omniprésence du lys jusqu’au blason en haut à droite qui rappelle ceux des portraits de la Renaissance et emprunte sa forme au lys de Florence. Le peintre compose une allégorie de la dualité de la beauté féminine qui peut être pure, sereine et sage, mais également tendre, lascive, provocante et volage.

Quelques années plus tard, l’artiste réutilisa sa composition en supprimant la tapisserie remplacée par un paysage verdoyant et en adoucissant le contraste entre les deux femmes. Le titre de cette toile, Le Printemps, rend compte du changement sémantique. On retrouve également le motif de la femme de profil, les yeux clos, recueillie et humant le parfum d’une fleur, dans plusieurs toiles de Spanyik comme Jeune fille tenant une fleur de 1936.

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