Henri J. FRANÇOIS (Luxembourg, 1759 - Paris, 1814)

Portrait de Jacques Antoine Daniel, conseiller à la cour de Riom

23 x 20 cm
1797. Huile sur toile. Monogrammé et daté fr. 1797. Annoté au revers à l’encre : Jac. Antoine Daniel né à allanche / décédé en 1827 Juin [18]/ conseiller à la cour de Riom / mon père / Ch. Dl Cadre d’origine en bois sculpté et doré à décor de palmettes, annoté au revers à l’encre : françois, peintre

Provenance
· Collection de Jacques Antoine Daniel (1761-1827), Riom.
· Par descendance, son fils, Jean-Pierre Charles Daniel (1790-1871), Paris.
· Vente ?, lot 62 (d’après l’étiquette au revers).
· France, collection particulière.

Un portraitiste hors l’Académie
Formé à Paris par le peintre d’histoire Nicolas-Guy Brenet (1728-1792), Henri François fut exclusivement portraitiste. Sa plus ancienne œuvre connue est un Portrait de peintre daté de 1779 (vente Paris, Drouot, 1er juillet 1987, lot 26). N’ayant été ni agréé ni reçu à l’Académie, l’artiste présenta ses œuvres au Salon de la Correspondance ouvert aux non-académiciens. En 1783, il y exposa une Tête d’homme « peinte au pastel », remarquée par l’organisateur, Pahin de La Blancherie : « Ce morceau est caractérisé par beaucoup de simplicité et de vérité, & promet à la nation un Artiste distingué ». François revint, avec deux autres pastels, en 1785.

La Révolution et le Salon
La Révolution lui ouvrit les portes du Salon du Louvre. Dès sa première participation en 1791, François présenta pas moins de douze petits portraits, sans qu’aucun modèle ne soit identifié dans le Livret. L’un d’eux figurait le miniaturiste Jacques Augustin : signé et daté de 1791, ce tableau fut récemment acquis par le musée Antoine Lécuyer de Saint-Quentin (inv. 2004.31.1, 61,5 x 50,5 cm). François prit part à presque tous les Salons jusqu’en 1806, avec des portraits d’écrivains, d’artistes, d’hommes politiques ou des membres de sa propre famille, et même un Autoportrait en 1799 (signé et daté, 102,5 x 83 cm, collection particulière).

Peintre, écrivain, poète
Membre de la Société libre des sciences et des arts de Paris, François était aussi écrivain et poète. L’un de ses premiers textes datés est une ode sur le Pacte fédératif des François, juré au Champ de Mars, le 14 juillet 1790. En 1793, il publia une épitre à Joseph-Marie Vien, nommé premier peintre du roi la veille de la Révolution. François y célébrait le « grand peintre, émule de Virgile », « vainqueur du mauvais goût et de l’envie » qui a su sauver la peinture des « pièges de l’erreur ». En 1814, l’année de la mort du portraitiste, parut un volume de cent vingt-cinq pages de Poésies diverses par Feu François, peintre, regroupant ses textes, à savoir trente chansons et trente poésies.

Le modèle
C’est très certainement lors d’un passage à Paris que Thévenin Antoine Daniel posa pour François. Issu d’une importante famille de magistrats d’Allanche dans le Cantal, Daniel naquit en 1761. Avocat en parlement, conseiller à la Cour royale de Riom, il devint procureur de Riom en 1793. De son épouse, Aimable Marie Bordas, il eut plusieurs enfants, dont Jean-Pierre Charles Daniel, auteur de l’annotation au revers de notre tableau. Charles Daniel fit une brillante carrière dans l’administration, nommé directeur de la Caisse de Poissy, puis inspecteur général des perceptions de la ville de Paris.

Notre portrait
Plus petit que le Portrait d’Augustin, notre portrait n’en est pas moins officiel. L’artiste opta pour la même présentation frontale qui souligne le visage ouvert de Daniel et son regard lumineux et franc. Les cheveux du jeune avocat sont poudrés et il porte un élégant habit gris avec un gilet de soie rayé rose pâle et une cravate blanche dont le nœud est agrémenté d’une épingle. François reproduit avec virtuosité la variété des matières sans pour autant abandonner une touche brossée et libre, l’une des caractéristiques que l’on retrouve dans ses portraits masculins, à l’instar de Trophime-Gérard de Lally, marquis de Tollendal daté de 1786 (collection particulière) ou d’un Inconnu curieusement enturbanné peint en 1802 (musée du Louvre, inv. RF 3957, 65 x 35 cm).
A.Z.

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