Alexandre-Jean DUBOIS-DRAHONET (Paris, 1790 – Versailles, 1834)

Portrait de la jeune princesse Louise d’Artois, fille de la duchesse de Berry, future duchesse de Parme (1819-1864) sur la plage de Dieppe

178 x 146 cm

1830
Huile sur sa toile d’origine

Signé et daté en bas à droite sur une poutre A Dubois Drahonet 1830

Provenance :
• Dorotheum Vienne vente du 13 Avril 1943, lot 31 (comme Arsene Dubois)
• Autriche, collection particulière

Bibliographie :

• Pierre Rosenberg, De David à Delacroix : La peinture française de 1774 à 1830, [cat. exp.] Paris, Grand-Palais, 1974.
• Nicolas Ivanoff, Charles-Achille d’Hardiviller peintre de la duchesse de Berry, F. de Nobele, Paris, 1973
• Jean-Joël BRÉGEON, La Duchesse de Berry. Paris, Tallandier, 2009.

En prenant le nom de son beau-père, le peintre Pierre Drahonet, Alexandre-Jean Dubois devient Dubois-Drahonet. De ce fait, et malgré un style tout à fait différent, la paternité de certaines de leurs œuvres a pu être confondue. L’artiste fait son apprentissage auprès de Jean-Baptiste Regnault (Paris, 1754 – 1829) professeur à l’école des Beaux-Arts et considéré comme le rival de Jacques-Louis David (Paris, 1748 – Bruxelles, 1825). Il remporte un vif succès en présentant aux Salons de 1822, 1827 et 1831 des portraits issus de commandes privées, d’un clair-obscur très empreint de l’époque Empire proche de ceux de son contemporain François Gérard (Rome, 1770 – Paris, 1837).

Son œuvre repose sur l’étude rigoureuse de l’expression psychologique. Dans ses portraits, les visages traduisent une forme d’introspection du modèle dévoilée grâce à un contraste de lumière puissant qui intensifie le regard et permet de rendre les volumes.

Enfant tant attendu après deux grossesses qui tournent au drame, Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, duchesse de Berry, donne naissance à Louise, princesse d’Artois, le 21 septembre 1819. Titrée « Petite-fille de France » à sa naissance, elle est élevée au Palais de l’Élysée, puis au château de Rosny dans les Yvelines avec son petit frère Henri, futur comte de Chambord. Surnommée par la suite Mademoiselle, elle est titrée comtesse de Rosny en 1830, année de création de notre tableau.

Dans ses Mémoires d’outre-tombe, François-René de Chateaubriand livre un portrait de la princesse à l’âge de 13 ans :

Mademoiselle rappelle un peu son père ses cheveux sont blonds. Ses yeux bleus ont une expression fine : petite pour son âge, elle n’est pas aussi formée que le représentent ses portraits. Toute sa personne est un mélange de l’enfant, de la jeune fille, de la princesse : elle regarde, baisse les yeux, sourit avec une coquetterie naïve mêlée d’art. On ne sait pas si on doit lui dire des contes de fées, lui faire une déclaration ou lui parler avec respect comme à une reine.

Après un somptueux portrait en pied de sa mère dans un intérieur présenté au Salon de 1827 conservé au musée des Arts décoratifs à Paris et dont une version demeure au château-musée de Dieppe, l’artiste représente trois ans plus tard la jeune princesse sur la plage de Dieppe. L’innocence de la fillette ici âgée de 11 ans est illustrée à travers un costume de bain blanc, caractéristique de la mode romantique des années 1830. La robe aux manches gigots mettant définitivement fin à la mode Empire est faite de mousseline de soie, agrémentée d’une culotte longue, de bas brodés à l’apparence d’écailles habillant ses petits pieds enveloppés dans des souliers de satin élégamment noués à ses chevilles.

Elle pose fièrement sur la fameuse plage de galet de Dieppe, toute première station balnéaire de France rendue célèbre par sa mère surnommée « la nageuse intrépide » qui avait découvert quelques années auparavant les plaisirs de la baignade. Dans un cérémonial tout à fait nouveau, elle aimait à rejoindre la mer, observée et applaudie par des milliers de dieppois, ici représentés à l’arrière-plan, comme dans l’attente de la baignade de la jeune princesse. Plus tard, dans les années 1847-48, l’ouverture des voies de chemins de fer entre Paris et Le Havre et Paris et Dieppe contribueront à l’engouement pour les séjours en bord de mer de la bourgeoisie parisienne.

C’est aussi l’époque des premières cabines de bain que l’artiste ne manque pas de représenter au second-plan de notre tableau. Le changement de tenue s’effectuait dans des cabines mobiles, des tentes à rayures installées sur des charrettes tirées par des chevaux jusqu’au bord de l’eau, dont on devine ici derrière le modèle la volée de marches de bois qui permettait d’y accéder. L’artiste a par ailleurs dessiné quelques tenues de baigneur qu’il présenta au salon de 1827 : « Un cadre de croquis des costumes de Dieppe, parmi lesquels se trouve le baigneur de S. A. R. Madame », « Madame » étant le titre que l’on donnait à la duchesse de Berry.

Dans notre œuvre, l’artiste laisse s’exprimer toute la virtuosité de son pinceau dans l’onctuosité des matières et des détails. Il excelle dans le rendu des matières, allant jusqu’à reproduire un fin reflet dans la ceinture blanche de la robe devenue rosée par le reflet du nœud rose du chapeau et la chair nue du bras de l’enfant. Dubois-Drahonet manifeste à plusieurs reprises son habileté à maîtriser la lumière grâce à un pinceau chargé de matière mettant en avant les reflets de la tenue illuminée par une éclaircie dans le ciel venue de la gauche, faisant briller la soie du nœud rose et les gants de chevreau beige à l’apparence souple et fondante comme du beurre frais.

Notre tableau fut probablement peint quelques mois avant l’abdication forcée du roi Charles X, ce qui contraindra la jeune princesse et sa famille à quitter la France. Durant ces années d’exil, Louise d’Artois vit et poursuit son éducation entre le château d’Holyrood à Edimbourg, celui du château royal de Prague en Bohême, et enfin à Goritz en Autriche où le roi s’éteint en 1836). En 1845, elle épouse le fils de Charles II, devenu Charles III, duc de Parme en 1849, faisant d’elle la nouvelle duchesse de Parme.

L’état des recherches actuelles sur l’artiste ne permet pas de remonter la provenance exacte de l’œuvre qui n’apparaît pas dans les livrets de Salon. Il est probable qu’il s’agisse d’une commande privée de la duchesse de Berry, emportée en exil, et restée en Autriche où la toile demeura en collection privée.

Nous remercions monsieur Ronald Pawly pour son aide précieuse et qui intégrera notre tableau dans son catalogue raisonné en préparation sur l’artiste.

M.O.

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