Yves BRAYER (Versailles, 1907 – Paris, 1990)

Nus et barques sur la plage des Saintes-Maries-de-la-Mer

50 x 63 cm
Circa 1960 Aquarelle Signé en bas à gauche

« À une époque d’art baroque, insolite ou informel, Yves Brayer est resté simplement un peintre soucieux d’exprimer sa vision personnelle de la Vie, de la lumière, de la nature. »
A. Dunoyer de Segonzac, 1965.

C’est un accident de cheval et les longues heures d’immobilité forcée passées à crayonner qui auraient permis à Yves Brayer de découvrir sa vocation artistique. Suivirent la formation à Montparnasse et à l’École des Beaux-Arts, le soutien de Jean-Louis Forain et de Maurice Denis, les participations aux Salons d’Automne, le Grand Prix de Rome en 1930, les expositions personnelles à la Galerie Charpentier et la collaboration avec l’Opéra de Paris. Peintre au tempérament puissant et original, ouvertement et inlassablement figuratif, Brayer resta durant toute sa carrière attaché à la réalité et à la diversité du monde qui l’entourait, qu’il soit urbain ou sauvage.
Voyageur enthousiaste et infatigable, il découvrit la Provence après la guerre et fut subjugué par la diversité et la pureté de cette nature. Dès lors, il ne cessa d’y revenir chaque année, puisant son inspiration dans les coloris vifs des plissements calcaires des Alpilles ou les abords marécageux du petit-Rhone. Les étendues de la Camargue peuplée de chevaux et de taureaux et les barques échouées sur les sables des plages des Saintes-Maries-de-la-Mer restèrent les sujets de prédilection de l’artiste jusqu’à la fin de sa vie.

Beaucoup de ces paysages méditerranéens sont réalisés à l’aquarelle, médium que Brayer ne pratiquait qu’exceptionnellement jusqu’en 1952, lui préférant l’encre et la gouache pure. Cette année-là, Raymond Subes, président du Salon des Tuileries, invita plusieurs de ses amis peintres à passer les vacances dans sa maison du Lot. Voyant les autres décrire à l’aquarelle les causses et les vallées environnants, Brayer se mit à la peinture à l’eau dans laquelle il trouva la légèreté et la transparence qui correspondaient merveilleusement à sa manière graphique. L’artiste est en effet profondément attaché à la ligne, à la dynamique du dessin, mais également à une écriture souple toute en mouvement et à la rapidité d’un coup simple d’oeil. Il peint avec le bout du pinceau chargé d’aquarelle forte en pigments. Le médium s’épanouit en touches et en coulées, dans une harmonie parfaite entre trait et couleur, et un jeu constant avec le blanc du papier, employé sec. « La peinture à l’huile retient parfois la verve, l’élan. Elle est comme une cuisine savante où mélanges, empâtements, grattages, glacis peuvent se succéder. Rien de tel avec l’aquarelle qui doit rester directe, spontanée, être l’expression de la vie même », écrivait Brayer.

Notre dessin date des années les plus créatrices de l’artiste et s’avère un parfait exemple de l’art épuré de Brayer aquarelliste. C’est un mélange inattendu entre les deux protagonistes dénudées des monotypes créés à la Villa Médicis en 1932 – les modèles qui venaient poser pour les pensionnaires avaient alors suscité une série de nus, autrement rares dans l’art de Brayer – et une vue d’une plage camarguaise inondée de soleil. Les deux jeunes femmes, l’une sur le dos, l’autre, devenue blonde, sur le ventre, se prélassent désormais à l’ombre des barques de pêcheurs des Saintes-Maries. Leurs corps se fondent dans une symphonie paysagère où dominent le sable, l’eau et le ciel. Tout est silence, calme, blancheur, équilibre entre les vides et les pleins. Visible, le crayon est léger et précis, transposé par transparence depuis un autre dessin afin de ne pas alourdir les couleurs par un excès de graphite. Caractéristique de Brayer, la palette est simple et réduite, à dominante de terre de Sienne et de bleu de cobalt. Les tons sont rarement purs, mais se renvoient les uns les autres dans une belle consonance : « Il y a toujours deux ou trois pots d’eau sur ma table, dont un contenant de l’eau sale ayant déjà servi à rincer mes pinceaux. Elle me sert à rompre mes tons », expliquait le peintre en 1978.
A.Z.

Bibliographie générale (oeuvre inédite)

Pierre MAZARS, Yves Brayer Aquarelliste, Neuchâtel, Ides et Calendes, 1978.
Jean GIONO et Yves DENTAN, Yves Brayer, Paris, Bibliothèque des Arts, 1990.
Lydia HARAMBOURG, Hermione, Corinne et Olivier BRAYER, Yves Brayer, Catalogue Raisonné de l’oeuvre peint, 2 vol., Lausanne, 1999-2008.
Dominique LEBRUN, Yves Brayer, Peintre et Voyageur, Toulouse, éd. Privat, 2007.

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