Edgard MAXENCE (Nantes, 1871 - La Bernerie-en-Retz, 1954)

Portrait d’une jeune femme

D. 52 cm
1908. Pastel, aquarelle et gouache sur papier. Signé et daté vers le milieu à droite. Dans son cadre d’origine de style néo-impressionniste en bois doré

Provenance
• France, collection particulière

Né avec la Commune, parti à l’époque où Nicolas de Staël et Jackson Pollock se taillent la part belle des cimaises, Edgard Maxence traversa son époque avec l’immuabilité sereine d’un « archaïque moderne », et resta fidèle toute sa vie à l’originalité de son inspiration. Issu d’une famille nantaise aisée, Maxence entra à l’Ecole des Beaux-arts en 1891. Il y effectua un parcours brillant, dans l’atelier du portraitiste nantais Elie Delaunay puis auprès de Gustave Moreau qui le considérait comme l’un de ses meilleurs élèves. Moreau eut une influence déterminante sur Maxence, tout en lui laissant la liberté d’épanouir un style personnel qui tient de Burne-Jones et de Rossetti, dans une veine symboliste précieuse teintée d’attrait pour un monde médiéval idéal, et pour la Renaissance italienne.

Edgard Maxence exposa pour la première fois au Salon des Artistes Français en 1893. Après trois années de présence à la Rose+Croix (1895-1897), et malgré sa sensibilité symboliste, c’est au Salon officiel qu’il resta attaché, le préférant au Salon des artistes de l’âme ou à celui des Indépendants. Entre Paris où il était installé, et la ville de son enfance où le milieu bourgeois appréciait ses talents de portraitiste, Maxence connut une carrière aisée, et ne manqua jamais de commandes. Médaillé d’or à l’Exposition décennale de 1900, élu à l’Institut en 1924, l’artiste côtoyait des peintres en vogue comme Paul Chabas ou Henri Martin, mais demeura en retrait de l’effervescente vie artistique de la capitale, privilégiant un travail solitaire, reflet d’un monde intérieur emprunt d’une spiritualité presque mystique.

Le tournant du siècle s’accompagne pour Maxence de la création d’allégories mystérieuses, aux titres énigmatiques, représentant des figures recueillies parées d’atours médiévaux, d’auréoles, de livres d’heures. Le réalisme des traits, la pose et le décor font plus probablement de notre œuvre un portrait de commande, qui demeure toutefois emprunt de cette esthétique si particulière.

L’écrivain Marc Elder reconnaît à l’artiste un « tempérament d’enlumineur », qui se manifeste en premier lieu dans la complexité de ses recherches plastiques. Maxence explore les limites du médium ; il s’intéresse aux techniques anciennes, pratique la tempera, mêle volontiers la cire et la feuille d’or à l’huile. Il associe ici sur des traits de mine de plomb le pastel, l’aquarelle et la gouache, tirant du premier le velouté, du second la grâce légère, et du dernier la densité colorée.

L’artiste, qui représenta à maintes reprises son frère, sa sœur et ses cousins, fut « par-dessus tout un portraitiste », comme le rappelle Grand en 1898, ce dont témoigne notre œuvre. Maxence place son modèle dans un format en tondo, à la manière des madones de dévotion privée du Quattrocento florentin. Le visage de la jeune femme est dessiné avec précision ; la peau souple est modelée en tons poudrés. Le regard tourné de côté semble perdu, mais la jeune femme dégage une présence charnelle, reflet de l’acuité psychologique du portraitiste comparable à celle de la Jeune fille.
Une branche de bignones en fleur et un chapiteau antique composent le décor, écrin précieux à ce visage secret. Sur sa robe ornée de brocards médiévaux, la femme arbore un vaporeux boa de plumes blanches. Coloriste hors pair, Maxence emploie en contrepoint des chairs laiteuses une gamme chromatique faite de verts et bleu profonds, en harmonie avec le blond vénitien de la chevelure ou l’orangé des fleurs.
M.B.

Bibliographie générale (œuvre inédite)
Belles de jour : figures féminines dans les collections du Musée des beaux-arts de Nantes, 1860-1930, catalogue d’exposition, Évian, Palais Lumière, 2016.
Blandine CHAVANNE, Jean-David JUMEAU-LAFOND, Anne LABOURDETTE et al., Edgard Maxence, les dernières fleurs du symbolisme, cat. exp. Musées des Beaux-arts de Nantes, Musée de la Chartreuse de Douai, 2010
Philippe SAUNIER, Isabelle GAËTAN, Araxie TOUTGHALIAN, Le mystère et l’éclat : pastels du Musée d’Orsay, cat. exp., Musée d’Orsay, Paris, RMN 2008
Agnès DELANNOY, Denise DELOUCHE, Geneviève LACAMBRE, Philippe LE GUILLOU, Autour des symbolistes et des Nabis du musée : les peintres du rêve en Bretagne, cat. exp., Brest, Musée des Beaux-Arts, 2006
Jean-David JUMEAU-LAFOND, Musée d’Ixelles, Les peintres de l’âme : le symbolisme idéaliste en France, Anvers, Pandora, 1999.

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