Jean-Baptiste Deshays de Colleville (1729-1765)

La Justice et la Vérité triomphant des vices (et protégeant la peinture ?)

Huile sur toile en « grisaille »

Elève de Collin de Vermont, de Restout, de Van Loo puis de Boucher dont
il devint le gendre, Jean-Baptiste Deshays se fit connaître en 1750 avec le tableau la « Femme de Putiphar accusant Joseph ». L’année suivante il obtint le premier prix à l’Académie de Peinture et partit étudier auprès de Natoire à Rome où il hérita du surnom « le Romain ».

Peintre d’histoire doué et apprécié, il n’avait que 28 ans lorsqu’il fut reçu à l’Académie en 1758 grâce à sa « Vénus versant sur le corps d’Hector une essence divine pour la garantir de la corruption ».
Il peignit peu de sujets galants, cependant on retrouve dans sa manière à la fois vigoureuse et gracieuse, l’influence du style de Boucher.

La touche rapide de cette esquisse est énergique, mais le sujet reste difficile à interpréter : la Vérité, à coté de son miroir, et la Justice avec sa balance et son glaive, dominent la composition. Jeté à terre, on peut reconnaître le Mensonge, son masque à la main, ainsi que l’Ignorance avec les yeux bandés. Dans la partie droite, une autre scène demeure complexe : les personnages déroulent une toile ou un dessin. Pourrait-on y voir une allégorie de la Peinture protégée par la Justice et la Vérité ?

Notre esquisse d’une facture particulièrement aboutie fait partie des oeuvres majeures de l’artiste, qui se démarque des études classiques. En effet, Deshays nous surprend par sa technique enlevée sur une toile à la préparation rose dont il joue à merveille en réserve. Les quelques touches d’un bleu canard dans le fond donnent à cette esquisse une note d’originalité.

Ici, l’artiste nous offre une composition d’une grande complexité (avec
deux scènes distinctes) dans une mise en page particulièrement étudiée.
La touche virevolte au gré du pinceau avec des effets de matière dans les drapés et des personnages cernés de noir.

Provenance :

• Vente Sotheby’s New York, 24 janvier 2008, lot n°347 sous le titre
« Les arts triomphants des vices ».

• Vente Christies New York, « Art of France », 23 octobre 1998, lot n°93 reproduit p. 154 sous le titre « Les arts triomphants des vices ».

• Paris, Galerie Cailleux dans les années 1990.

• Vente Sotheby’s Monaco, 7-8 décembre 1990, lot n°201 sous le titre :
« Ecole Française du XVIIIe siècle, Scène Allegorique ».

• Vente à Drouot Montaigne, 12 décembre 1988, Ader Picard et Tajan, lot n°61, attribué à Jean-Baptiste Deshays et reproduit sous le titre « Allégorie des arts ».

• Vente à Drouot, 12 juin 1974, Ader Picard Tajan, lot n°94, attribué à François Boucher sous le titre « La justice Chassant les crimes ».

Bibliographie :

• André Bancel, « Jean-Baptiste Deshays 1729-1765 », Arthena, Paris 2008, reproduit planche 86 p. 138.

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