Nicolas de LARGILLIERRE (Paris, 1656 - 1746)

Portrait de Portrait de Madeleine Le Roux de Tilly marquise de Courvaudon (1677-1705)

82,5 x 64,8 cm

Huile sur toile ovale
Porte une inscription au dos de la toile : « Magdleine le Roux de tilly fille de Claude le Roux de tilly et de Magdleine du Moncel de Louraille 1ere femme de Manzeray de Courvaudron Mort Doyen des Présidents du parlement de Rouen »

Provenance :
• Collection baron d’Esneval, château d’Acquigny, Louviers, jusqu’en 1912 ;
• États-Unis, collection particulière ;
• Angleterre, collection particulière.

Exposition :
• Paris, Galerie Philippon, 1913, n°12 ;
• Houston, Allied Arts Association, 1952, n°31 ;
• Oklahoma City, Oklahoma Museum of Art, 1979, n°9 ;
• Charles Decoster, Brussels Galerie Natalia Obadia Portraits, from the 17th to the 21st century, mars – mai 2020

On ne parloit que de son habileté à peindre les Dames,
dont les graces, loin de diminuer, gagnoient beaucoup entre ses mains.

Fasciné par le dessin qu’il pratique depuis son plus jeune âge, Nicolas de Largillierre se dirige naturellement vers la peinture, malgré les réticences de son père. Élevé à Anvers où sa famille avait emménagé, il débute sa formation auprès du peintre Antoon Goubau (Anvers, 1616-1698) qui ne tarde pas à déceler son talent : « vous en sçavez assez pour travailler par vous-même ; allez et volez de vos propres ailes » et le conduit à rejoindre la guilde de Saint-Luc d’Anvers où il est reçu maître en 1674.
Après deux voyages fructueux en Angleterre, Largillierre s’installe à Paris et lance pleinement sa carrière de portraitiste, bien que l’Académie n’en ait encore qu’une estime relative. Nourri des influences reçues de ses diverses formations, il trouve notamment l’inspiration grâce à sa rencontre avec l’artiste Peter Lely (Soest, 1618 – Londres, 1680), devenu son ami et probablement son maître durant quelques mois. De son enseignement, Largillierre retiendra les poses naturelles ainsi que le travail mené sur la lumière, inondant les visages doux et sensibles de ses modèles.

Conjuguant préciosité et élégance, Largillierre est apprécié en France pour le renouveau stylistique qu’il insuffle à l’art du portrait : sa formation anglo-flamande lui apprend notamment à maîtriser les contrastes saisissants de couleur entre les étoffes et la blancheur des carnations en se rapprochant d’une imitation de la nature.
Contrairement à son principal rival Hyacinthe Rigaud (Perpignan, 1659 – paris, 1743), « Largillierre eut peu de liaison avec la cour de France, auprès de laquelle il n’a jamais fait aucune démarche, il aimait mieux, à ce qu’on m’a dit plus d’une fois, travailler pour le public (…) ». En choisissant de se rapprocher de la bourgeoisie intellectuelle montante qui se taille une place de plus en plus importante au sein de la société, Largillierre se démarque de ses contemporains académiciens qui défendent avec ferveur son enseignement : un portrait n’est estimable que lorsqu’il reflète la condition sociale du modèle. Amateurs et collectionneurs affectionnent particulièrement la capacité de l’artiste à traduire la distinction française à travers la juvénile ardeur et le charme contenu commun à toutes ses figures. Loin des portraits d’apparat aux visages figés, Largillierre se dédie au portrait de chevalet comme moyen d’exprimer l’élégance mais surtout l’intimité de ses modèles, dont la plupart sont issus de son cercle personnel.

Notre tableau présente l’un de ces portraits féminins très demandés, bien souvent épouses, vêtues et coiffées à la dernière mode. Il s’agit de Magdeleine le Roux de Tilly, fille de Claude Le Roux de Tilly, juge à la Cour d’appel, et épouse de Manzeray de Courvaudon, doyen des présidents du parlement de Rouen. Représentée légèrement de profil, élégamment tournée vers la droite, elle est soigneusement maquillée de manière à faire ressortir sa chair nacrée, portant la coiffure dite à la Fontange (ill. 1), dont deux nœuds bleus retiennent sa chevelure bouclée. Elle est richement vêtue d’une robe bleu nuit parée de pierreries et d’une cape violine flottant autour d’elle, dont la somptuosité contraste avec la légèreté de son visage délicat.
Élève assidu des flamands, Largillierre se détache volontiers de l’art sévère classique italianisant français en préférant la couleur à la ligne froide et exacte du dessin. Reconnu pour ses dons de coloriste, la souplesse de son pinceau permet de rendre avec élégance l’harmonie éclatante des étoffes en jouant des reflets du velours dans la robe bleue aux galons d’or ainsi que dans la cape entourant le modèle.

Travailleur infatigable, peintre de l’élite du patriarcat parisien, Largillierre élève progressivement l’art du portrait à son plus haut niveau d’exigence. Alliant naturel et artifice, sa renommée fut telle qu’elle lança une mode : chaque intérieur bourgeois considéré par la société se devait d’orner ses murs d’une œuvre de sa main. Loin de la cour française, son talent sera également reconnu au-delà des frontières par les plus illustres personnages de son temps, dont le roi Jacques II d’Angleterre et le roi Auguste II de Pologne qui lui réclameront eux aussi leur portrait.

M.O.

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