Jean-Baptiste GREUZE (Tournus, 1725 – Paris, 1805)

Tête de jeune garçon

48 x 38 cm
Huile sur toile

Provenance

  • Private Collection.

« Greuze, que l’on doit regarder comme le peintre des passions de l’âme, est unique dans l’école française. »
P.-M. Gault de Saint-Germain, Les Trois Siècles de la peinture en France, Paris, 1808, p.251

« Ce talent d’exprimer les passions sur la toile est très rare et Mr Greuze le porte au plus haut degré. »
Anonyme, « Exposition de peintures, sculptures et gravures », L’Année littéraire, supplément, 1761 (Deloynes n°1272)

Ce qui frappe peut-être le plus chez Jean-Baptiste Greuze, c’est son indépendance d’esprit. Incomparable dessinateur détaché du goût rocaille français qu’il juge trop frivole, Greuze met l’accent sur la glorification de la sensibilité de ses sujets qui se doivent d’élever l’âme du spectateur. Formé dans l’atelier du maître lyonnais Charles Grandon qu’il suit à Paris en 1750, Greuze reçoit par la suite les leçons de Natoire à l’Académie. Il ne s’engage pas dans la voie officielle du prix du Grand Prix de Rome mais y est cependant agréé en 1755 grâce à son Père de famille lisant la Bible à ses enfants (Lens, musée du Louvre).

Après un séjour en Italie dont il ne retiendra que le travail sur l’expression des figures, Greuze inaugure un genre nouveau qui bouscule la critique. Des scènes de genre dont la mise en place des éléments évoque la grande peinture d’histoire mais dans lesquelles l’expression des sentiments règne. Un intérêt inédit dans la peinture française, né de ses multiples dessins d’après nature. En effet, en observateur attentif, Greuze esquisse de nombreux portraits d’enfants dont la spontanéité naturelle capturée en font des sujets propices à la réflexion qui ravissent l’œil de ses plus érudits contemporains. Diderot notamment, dont il dessine le profil en 1766, apprécie sa peinture pour l’exercice psychologique et philosophique qu’elle lui procure. En influent défenseur de sa peinture, il évoque l’« âme délicate et sensible » du peintre et sa capacité à dépeindre l’esprit vif de la jeunesse.

D’un trait rapide, souple et enveloppé que l’on retrouve dans L’Effroi, l’artiste présente, sur une toile préparée à fond ivoire, le visage d’un jeune garçon tourné de profil, comme interrompu dans son mouvement par l’intervention du peintre. Quelques rapides coups de pinceaux esquissent sa chevelure désordonnée et son délicat visage. Les traits doux et fondus en une gamme chromatique restreinte, caractéristique de l’œuvre de Greuze, sont simplement rehaussés par d’épaisses touches de rose définissant des joues rondes, soulignant la douceur de l’enfance.

Notre portrait illustre le goût pour la représentation de la jeunesse, rejoignant ainsi les préoccupations morales de l’époque dont l’intérêt grandissant pour les conditions moyennes, le monde rustique et les mœurs, le respect de la vieillesse, l’enfance et l’éducation : reflet de l’ensemble de l’œuvre de Jean-Baptiste Greuze.

Greuze aura de nombreux imitateurs qui ne l’égaleront cependant jamais dans l’intensité dramatique de son travail. À travers ses portraits, dont notre œuvre est un parfait exemple, Greuze développe un genre nouveau, une peinture d’exaltation des sentiments qui place pour la première fois la condition moyenne, insouciante et innocente, au centre de l’attention.

M.O.

Bibliographie générale (œuvre inédite) :

Martin Jean, J.-B. Greuze catalogue raisonné, G. Rapilly, 9, quai Malaquais, Paris, 1908

Munhall Edgar, Novosselskaya Irina, Greuze the Draftsman, catalogue d’exposition, New York, The Frick Collection, du 14 mai au 2 août 2002, London, Merrell, 2002.

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